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11 juillet 2016

Après le Brexit: "Les peuples, l’impératrice et les roitelets"

 

Lettre helvète, de Gabriel Galice

Les éructations des Quatremer et autres kapos de l’empire n’y changeront rien : une fois encore, unGalice.jpg peuple dit NON à cette Europe-là. Les « salauds de pauvres », les « vieillards » et autres « ignares » se rebellent contre le désordre néolibéral (néo-capitaliste serait plus rigoureux) sous pavillon étasunien, dont l’UE est une variante. Les discours sur « les jeunes britanniques  pro-européens » omettent que 64% des 18-24 ans et 42% des 25-34 ans se sont abstenus, ce qui ramène les partisans effectifs du IN, pour chaque groupe d’âges, à 26% et 36%  http://www.les-crises.fr/brexit-l-arnaque-du-vote-des-jeunes Dans The Guardian, John Harris rencontre ce peuple de Collyhurst, que l’éligarchie pense comme une populace fourvoyée par des populistes : « If you’ve got money, you vote in, if you havn’t got money, you vote out. » http://www.theguardian.com/politics/commentisfree/2016/jun/24/divided-britain-brexit-money-class-inequality-westminster   Un peu de matérialisme remet les idées en place. Le parti travailliste laisse apparaître un double clivage : entre les élus et les militants et, au sein des militants, entre composante populaire et néo-bourgeoisie surreprésentée. http://www.theguardian.com/politics/2016/jan/20/labours-new-members-mostly-wealthy-city-dwellers-leaked-report Une partie des milieux populaires s’est, ici comme ailleurs, refugiée dans l’abstention ou dans le UK Independence Party puisque les partis ouvriers les ont abandonnés. Pour ne pas être aussi flou que nos détracteurs, précisons que le mot « Peuple » avec majuscule désigne le peuple politique, le Peuple-Nation, tandis que le « peuple » désigne l’ensemble des couches populaires, éligarchie exclue.

Les bobos de l’UE, les yuppies (Young Urban Professional), se congratulent ou se consolent à travers ce modèle qui leur va comme un gant. Même Obama s’en est mêlé, soulignant à l’envi la double allégeance du Royaume-Uni et de l’UE à l’hégémonie étasunienne.

Sans trop d’égards pour l’article 50 du Traité de Lisbonne stipulant que les Etats signifient leur retrait, les agités eurocrates pressent le Royaume-Uni de signifier son départ.

Angela Merkel  monte au créneau pour « convoquer » ses vassaux français et italiens, le Polonais Tusk, Président du Conseil européen, apportant un semblant de légitimité à l’impérial mandement. Le roitelet Hollande hoquette qu’il faut réformer l’Europe. Il l’avait déjà dit au moment de son élection, avant de nous faire avaler les grosses couleuvres de stabilisation financière et budgétaire présentées par l’impératrice Merkel, fidèle à son sacro-saint ordo-libéralisme, puis le projet de loi Khomry, impulsé par Bruxelles. Sur les quotas d’immigrés, Hollande fait le fier-à-bras, sur les questions économiques, il obtempère. Pour couronner le tout, on apprend que le camarade-commissaire européen Pierre  Mosovici écrit en anglais à son camarade-ministre  et néanmoins compatriote Michel Sapin. No comment. Dans son livre, L’Europe truquée, Claude Bourdet nous avait mis en garde, en 1977 déjà, contre le projet de domination germano-américaine.

Un peu d’histoire encore. Dans son journal, Kurt Riezler, conseiller du Chancelier Bethmann-Hollweg, écrivait le 18 avril 1915 : « Hier longuement déjeuné avec le Chancelier pour lui exposer ma nouvelle Europe, c’est-à-dire le camouflage de notre volonté de puissance. L’Empire centre-européen de la nation allemande... le système des imbrications, de règle dans les sociétés anonymes : l’Empire allemand, une SA dont la Prusse est l’actionnaire majoritaire ; (…) C’est pourquoi il faut une confédération d’Etats autour de l’Empire allemand…On n’a même pas besoin de parler d’annexion à la puissance centrale. L’idée européenne, si on la conduit jusqu’au bout, conduit à un tel résultat. » Bien vu, Kurt ! Évidemment, tous les Allemands ne furent ni ne sont impérialistes, ni même satisfaits du rôle d’impérialisme-relais. Le regretté Egon Bahr, l’artisan de l’Ostpolitik auprès de Willy Brandt, écrivait en 1998, dans son livre Deutsche Interessen : « Ce n’est pas d’un antiaméricanisme sot dont il est question, mais des sentiments non-américains de l’humanité qui n’est pas américaine, non de menées contre l’Amérique, mais de l’affirmation de conceptions propres faces à l’Amérique. » http://www.atlantico.fr/decryptage/schuman-monnet-fondateurs-europe-cia-circus-politicus-christophe-deloire-christophe-dubois-283741.html

 

On nous vend le vent de  la « position de gauche » (France, Italie) qui résisterait à la posture allemande, complaisante par principe aux conservateurs britanniques pressés d’attendre la mise en œuvre du Brexit. La position « progressiste » serait fédéraliste tandis que la posture germano-britannique serait bornée au marché. Ce trompe-l’œil dissimule la connivence sur le traité transatlantique, l’OTAN, les relations avec la Russie et autres alignements majeurs.

Les Eurocrates n’ont de cesse de vouloir nous faire prendre l’UE pour les Etats-Unis d’Europe rêvés par Victor Hugo, tout comme les communistes staliniens voulaient faire passer le socialisme réellement existant pour le communisme espéré par Marx ou les libéraux le néo-capitalisme actuel pour une prophétie d’Adam Smith.

La seule et vraie question à débattre n’est pas pour ou contre l’Europe mais QUELLE EUROPE ? POUR QUI ? Accessoirement : comment ? Avec qui ?

 

Gabriel Galice, président de l’Institut International des recherches sur la paix à Genève

Texte aimablement envoyé par l'auteur au Forum Carolus

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