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16 mars 2011

Un colloque en Europe centrale

DSC07031.jpgSous le Haut Patronage du Secrétaire général du Conseil de l’Europe, dans le cadre du programme officiel de la Présidence hongroise de l’Union européenne, le Forum Carolus organisait avec la Fondation Joseph Karolyi et l’Institut français de Budapest, dans l'ancienne résidence d'été de la famille Karolyi, dont une aile abrite aujourd'hui la bibliothèque de François Fejto, un colloque international sur « Les minorités ethniques et linguistiques en Europe. Richesses et défis » les 10 et 11 mars 2011.

A l’heure où les petites nations d’Europe occidentale sortent d’un long sommeil et revendiquent la reconnaissance de leur identité culturelle et linguistique, de leur autonomie politique voire de leur indépendance, le détour par l’expérience plus que séculaire de l’Europe centrale n’est sans doute pas inutile. Le concept de minorité nationale y est en effet non seulement courant mais banal. Pratiquement toutes les constitutions des Etats d’Europe centrale reconnaissent des droits à leurs minorités nationales, dans un système d’obligations réciproques entre les Etats plurinationaux et de nations pluriétatiques. Le colloque a été l’occasion de confronter les points de vue occidentaux et orientaux.

Le colloque a été ouvert par le vice-premier ministre de la Hongrie, M. Zsolt Semjen. Tout en soulignant les efforts consentis par la Hongrie dans la reconnaissance des minorités nationales, efforts qui ne sont pas tout à fait désintéressés puisqu’un tiers de Hongrois vivent en dehors des frontières de l’Etat et attendent la reconnaissance et la protection de leurs droits minoritaires, le vice-premier ministre a clairement mis en évidence les risques de dérives qui résulteraient d’une reconnaissance trop large du droit des minorités. Il a plaidé pour une claire distinction entre les minorités anciennes, autochtones, nationales, qui contribuent à la constitution historique de l’Etat et tirent de ce fait des droits à la reconnaissance, des minorités nouvelles ou opportunistes qui n’espèrent retirer que des avantages d’une revendication historiquement sans fondement.


DSC07040-1.jpgSon Excellence, M. René Roudaut, ambassadeur de France auprès de la République de Hongrie, a exprimé un point de vue moins tranché. Insistant sur la dimension volontaire de l’appartenance à une minorité ethnique, linguistique ou culturelle, en ce sens au moins que l’individu peut toujours choisir de n’en pas revendiquer les droits, il a fondé l’appartenance communautaire à la revendication subjective dans une tradition qui n’est guère éloignée des conceptions libérale de l’appartenance à la communauté.

Le ton était donné et cette distinction est souvent revenue dans les débats.

Après les exposés plutôt théoriques de messieurs Kantor Zoltan, Yves Plassereau, Eric Maulin et Alexey Kozhemyakov, lequel a exposé les standards et pratiques du Conseil de l’Europe dans le domaine de la protection du droit des minorités, Jean-Marie Woehrling a donné un brillant exposé de la philosophie de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires et Henri Giordan, l’un des premiers rapporteurs sur un projet de reconnaissance des langues minoritaires en France, en 1982, a traité de la stratégie de reconnaissance des langues minoritaires.

Puis c’est à l’analyse de cas concrets, de cas particuliers, qu’ont été consacrées les conférences. La plupart des intervenants ne se sont pas contentés d’une simple description mais ont proposé la définition d’un modèle. Ont ainsi été successivement présentés les modèles germano-danois (Ulrike Barten), suisse (Uli Windisch), Europe-centrale (Bela Borsi-Kalman), Sud-Tyrol (Beate Sibylle Pfeil). Puis les cas des minorités françaises ont pu être analysés avec la Corse (André Fazi), la Catalogne du Nord (Martine Camiade), l’Alsace (Pierre Klein). Le sort et la reconnaissance des droits des Allemands de Russie (Klaus Harer), de la communauté germanophone de Belgique (Karl-Heintz Lambertz, ministre-président), de la Communauté turco-tartare de Roumanie ont aussi été analysés et comparés.

32.JPGDeux moments particulièrement poignants ont marqué ce colloque. Le premier était l’essai de micro-histoire de Janos Pérényi sur le destin tragique des villages de Kisszelmenc et Nagyszelmencde  á la frontière slovako-ukrainienne et de Perén en Slovaquie tout près de la frontière hongroise, coupés en deux par les hasards des tracés des frontières. Le professeur Popovic, directeur de l’Institut d’études ruthènes de Hongrie a ensuite évoqué le destin tragique de cette nation sans Etat, dont une minorité est installée en Hongrie, rendant hommage aux grandes familles, aux Karoyi, aux Pérényi pour leur contribution à la construction d’un Etat hongrois plurinational et à leur bienveillance toute particulière vis-à-vis des minorités de ruthénie subcarpatique.

Au cours du dernier repas André Fazi nous a spontanément interprété quelques très beaux chants corses, dont "A Serva", qu’il donne habituellement dans le cadre du groupe de chants modernes et traditionnels Voce Ventu.

Les actes de ces deux belles journées, dont la presse écrite et la télévision honrgoises se sont largement fait l'écho, seront prochainement publiés et le Forum Carolus rendra bien entendu compte de cette publication.

Un prochain colloque, sur les coopérations transfrontalières, en Europe occidentale et en Europe centrale, sera organisé en Hongrie, par le Forum Carolus et ses partenaires au printemps 2012.

 

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Commentaires

Bravo pour cet événement et ce colloque auquel j'aurais aimé assister, c'est un sujet clé pour l'Europe et ses peuples !

Écrit par : Annah | 17 mars 2011

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