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12 février 2011

Intervention de Jaume ROURE au débat du Forum Carolus du 15 décembre

Texte de l'intervention de Jaume ROURE au débat du Forum Carolus

Les frontières de l'Europe vont elles changer?

Mercredi 15 décembre à l'université de Strasbourg, débat organisé par le Forum Carolus

 

Jaume 1.jpgLes frontières de l’Europe peuvent-elles changer ? Le simple fait de poser la question dans une enceinte politique et institutionnelle, donc supposée sérieuse a quelque chose de surréaliste. J’y vois même une sorte de baroud d’honneur, une dernière volonté de justifier par l’absurde un ordre établi et basé sur le rapport de forces. Il suffit de regarder dans le rétroviseur à l’échelle justement, de la communauté européenne pour voir défiler la chute du mur de Berlin et les séismes qui l’ont suivi : révolution de velours, partition de la Yougoslavie par exemple, à laquelle l’establishment a assisté avec une totale impuissance. La vraie question, me semble-t-il, qui est sous-jacente à la première est la suivante : Y-a-t-il encore un avenir pour les états-nations ? Et donc, d’autres questions se posent : Le modèle d’état peut-il être autre que fédéral et encore selon quel dosage d’autonomie ? Peut-on battre en brèche, fût-ce pour des raisons soi-disant objectives de bien-être économique le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ?  Comment appeler cette mise sous le boisseau de nos vieilles nations européennes autrement que du colonialisme ? Comment justifier l’éradication de nos langues millénaires en se référant sans cesse aux vertus de la biodiversité ? Ne s’est-on pas  trompé d’unité de construction en escamotant les régions de l’enjeu européen ? Voilà les vraies questions, et elles fâchent.

Elles fâchent parce qu’à l’évidence, rien n’est résolu. Je suis citoyen français et ma P1000023.JPGnation est la Catalogne. C’est un fait aussi irréductible que le rythme solaire. Les 9/10ème de mon peuple sont sous domination espagnole en proie à des tentatives violentes de restriction de leur identité, principalement dues au fait – mes amis flamands et écossais me comprendront- qu’ils sont la puissance économique de l’Espagne. Côté nord, nous sommes pauvres comme des rats d’église, mais là encore, le peu qui nous reste est à défendre âprement, jacobinisme oblige. Et pourtant, nous sommes encore là, ni espagnols ni français.

Je crois que les frontières de l’Europe sont en marche partout parce que nous sommes encore sous l’inertie de la guerre froide et de Yalta, et sur la queue de comète des empires. Je crois que la Belgique va droit à la partition, tout simplement parce qu’elle n’a jamais réellement existé. Quand on explique à un catalan du sud que ses impôts vont augmenter parce qu’il y a du chômage en Extramadure, il ne peut pas se sentir concerné au premier chef. Les Flamands ne sont pas des Wallons, Les Ecossais sont britanniques mais ils n’ont jamais été, ne sont pas et ne seront jamais anglais. Vouloir construire l’Europe sans prendre en compte ces réalités, c’est raisonner avec un temps politicien au lieu de raisonner à l’aune de l’histoire. Je crois fermement que nous verrons un temps ou le pays basque, la Catalogne, les Flandres, l’Ecosse, une Hongrie redessinée et reconstruite avec la totalité de ses populations verront le jour. Je n’en connais pas la forme. Ce que je sais c’est que le centralisme a montré ses limites, et que l’heure est aux interdépendances.

P1000007.JPGA ceux qui pensent que ce sont des combats d’un autre âge, je réponds : ne faisons pas les mêmes erreurs avec l’immigration. A la porte étroite qui sépare Balkanisation et organisation fédérale répond une autre porte étroite, celle qui sépare l’assimilation du communautarisme. Dans les deux cas, il est de notre responsabilité de trouver et de définir le troisième terme. Et ce troisième terme, c’est l’équilibre entre le respect de l’identité et l’adhésion à une citoyenneté. Encore faut-il que cette dernière existe et soit déjà partagée par l’ensemble de la population du pays d’accueil.

Nous n’avons toujours pas réglé le Congrès de Vienne. Or, quand je regarde une carte d’Europe, deux choses me sautent aux yeux : d’abord, les vieilles nations sont en réémergence économique et culturelle, portées par les dynamiques même qui les ont fait naître, ensuite, elles sont souvent situées aux points d’articulation que sont les frontières d’état actuelles, puisque souvent elles ont sombré sous les coups de puissances voisines plus fortes. Alors oui, les premières frontières qui doivent bouger en Europe, sont des frontières intérieures.

Il ne faut pas à mon sens, chercher ailleurs l’explication de cette boulimie d’absorption de nouveaux pays au risque de déliter totalement le beau message des fondateurs. En lieu de place du souffle qui portait les pionniers nous avons maintenant un guichet automatique dont le centre de gravité se déplace vers l’est sur fond de plongée brutale dans une logique capitaliste peu acceptée par les populations de l’ancien bloc soviétique. La question des frontières extérieures est censée cacher la problématique des frontières intérieures de l’Europe. C’est ce qu’ont toujours fait les pouvoirs en expansion, à savoir coloniser en gelant toute forme de conflit intérieur. Tout le monde sait que cela ne marche pas, mais comme  l’unité de réflexion se limite à la longévité politique, on avance quand même en espérant que le mur sera pour le prochain.

Vous le voyez, l’enjeu auquel nous faisons face en Catalogne, au pays Basque, dans les Flandres ou en Ecosse ne se limite pas à des querelles culturelles et territoriales localisées et enkystées dans des antagonismes historiques. C’est dans le sort qui nous sera fait qu’est à lire la capacité de l’Europe à se regénérer et surtout, à exister en tant que telle, c'est-à-dire, une force, une citoyenneté supérieure à celle des états membres. Je voudrais juste rappeler qu’il y a une monnaie, une armée et une justice européennes. Les conditions sont réunies pour une réflexion d’un autre ordre.

L’Europe est la plus belle chose qui soit jamais arrivée à l’Occident. A nous de la maintenir vivante, évolutive, réactive. Capable d’autocritique et de projet.

Je le redis, l’enjeu des frontières intérieures est le chemin obligé vers l’effacement des frontières au profit de l’Europe, effacement que j’appelle de tous mes vœux en tant que pacifiste convaincu, en tant qu’humaniste et en tant que Catalan.

Jaume ROURE, président d'Unitat Catalana, vice-président de Perpignan-Méditerranée

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Photos : Jaume Roure, panneaux bilingues à Perpignan, drapeau catalan

 

Commentaires

Tjo, die Dinge können manchmal wirklich einfach erscheinen! Besten Dank für die Erläuterungen ;-)

Écrit par : runterladen | 20 février 2011

Tja, die Sachverhalte konnen so einfach erscheinen! Danke :-)

Écrit par : Manipulieren | 21 février 2011

Hat jemand eine Meinung wie stark das verallgemeinerbar ist?

Écrit par : Novoline | 01 mars 2011

Les commentaires sont fermés.