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18 janvier 2009

Mais pourquoi l'Eurodistrict fait il si peur à madame Bollmann?

Le Forum Carolus prépare un livre collectif sur l'Eurodistrict et suit attentivement tous les événements et publications  traitant de ce projet. Les DNA du samedi 18 janvier 2009 annonçant une conférence de Pierre Hillard et Yvonne Bollmann sur l'Eurodistrict Strasbourg-Ortenau, nous nous sommes donc déplacés, en compagnie de Philippe Nuss (membre du conseil d'administration du Forum Carolus) sachant par ailleurs que madame Bollmann mène campagne contre le projet d'Eurodistrict et tente depuis plusieurs années de dévoiler le pangermanisme et l'impérialisme viscéral qu'elle croit déceler chez les dirigeants politiques d'Outre-Rhin, non pas chez les membres du NPD mais au sein des partis actuellement au pouvoir, à la SPD et à la CDU-CSU.

On pouvaient lire dans les DNA de samedi 18: "Eurodistrict, quels enjeux pour Strasbourg et l'Alsace?, à l'ISEG, 4 rue du Dôme, de 14h à 17h. Au programme "Eurodistrict, de quel histoire serait il le prolongement?", par François Bunner, président du RCR; "Eurodistricts aspects linguistiques" par Yvonne Bollmann, essayiste; "Influence de l'Allemagne dans les coopérations transfrontalières en Europe" par Pierre Hillard, professeur de relations internationales."

Initialement le débat devait avoir lieu rue du Dôme dans les locaux de l'école de commerce l'ISEG, mais en raison de pressions exercées sur la direction de l'école, nous ont expliqué les organisateurs, le débat s'est déroulé au deuxième étage du sympathique pub Dubliners. On nous a alors annoncé que Pierre HILLARD, en raison de ce changement, ne viendrait pas et avait préféré aller se promener dans Strasbourg.

Hillard Bollmann B.jpgCe débat était organisé par François BUNNER, président du Rassemblement des Citoyens pour la République. M. Bunner s'est présenté aux dernières élections législatives dans la deuxième circonscription du Bas-Rhin et a obtenu un score de 0,28 % (77 voix). Etaient également présents parmi les organisateurs, trois autres membres de ce parti souverainiste, Jean Freyburger, Thomas Lavarenne, enseignant de Physique-Chimie à Strasbourg et Christophe Bord, informaticien originaire de Wissembourg. Disons tout de suite que nous nous sommes retrouvés à 13 (soit 8 participants en dehors des quatre organisateurs du RCR et de l'intervenante). Qu'à cela ne tienne, "klein aber fein" espérions nous encore...

François Bunner (photo de gauche, au milieu Mme Bollmann, à droite, Pierre Hillard réapparu miraculeusement à 17h) est intervenu le premier pendant une dizaine de minutes. Il était visiblement ému Jacques Kotoujansky.jpget avait du mal à rassembler ses idées et nous  du mal à comprendre où il voulait en venir. Il considérait avec étonnement les quelques feuilles de notes étalées devant lui et préparées pour son intervention. Il a tout de même réussi a nous dire que l'Eurodistrict était un déni de l'histoire de l'Alsace et que les Alsaciens, dès le XVIIe siècle, étaient las de faire partie du Saint Empire et espéraient déjà se rattacher à la France et à la pérennité de ses institutions protectrices! Et M. Bunner de convoquer le Bundschuh alsacien comme preuve de cette francophilie naissante, certes, mais déjà sincère... François Bunner évoque ensuite la construction idéologique d'une langue alsacienne unique comme une instrumentalisation des régionalistes alors qu'historiquement, cette construction a été à l'inverse faite par les milieux nationalistes français anti-allemands à la veille de la guerre franco-allemande de 1870. Les régionalistes qui se penchés sur la question savent bien sur qu'il y a différents dialectes germaniques (alémaniques et franciques) parlés en Alsace mais qu'il n'y a pas de langue alsacienne homogène (voir notamment Eugène Philipps, "Les luttes linguistiques en Alsace jusqu'en 1945", Salde, Strasbourg 1975). Aujourd'hui encore, les hommes politiques alsaciens opposés au bilinguisme présentent justement l'Alsacien comme un dialecte homogène distinct de l'allemand. Robert Grossmann, l'ex-président de la CUS laissait souvent entendre que l'Alsacien n'a absolument rien à voir avec les dialectes d'Outre-Rhin et le Schriftdeutsch. Mais l'alsacien serait il donc un rameau oublié du provençal?

Mais François Bunner n'arrivant toujours pas à retrouver ses esprits, sans doute était il vidé par sa précédente fulgurance historique, un participant qui le connaissait, Jacques KOTOUJANSKY (photo de droite) médecin et ex-responsable pour l'Alsace du Mouvement pour la France, vola à son secours en proposant d'interrompre l'intervention de son camarade et de faire un tour de table de présentation des participants. Mon voisin, qui connaissait également M. Bunner pour s'être présenté sur une liste concurrente aux dernières élections suggéra qu'il avait du trop préparer son intervention et en était surement très fatigué. Vous remarquerez qu'il n'avait toujours pas été question du sujet annoncé, l'Eurodistrict Strasbourg-Ortenau. Jacques Kotoujansky fut la seule personne (avec bien sur votre serviteur du côté du public) à avoir plusieurs fois essayé, de manière constructive, de recentrer le débat sur le sujet annoncé: l'Eurodistrict Strasbourg-Ortenau.

A la fin du tour de table, François Bunner a brièvement repris la parole pour vite la transmettre à madame Bollmann. Cette dernière, fidèle à la thématique sur laquelle elle travaille depuis de nombreuses années, a commencé par longuement dénoncer la conception ethnique allemande du peuple, en faisant notamment référence à son livre "La bataille des langues en Europe". Madame Bollmann, ex-maître de conférence à l'Université de Paris XII et aujourd'hui retraitée y enseignait la civilisation germanique. Elle nous expliquera qu'elle est devenue bien malgré elle germaniste, ayant été orientée vers la langue de Goethe par ses professeurs en raison de sa seule qualité d'alsacienne. Depuis les années 1990, madame Bollmann traque la germanophonie alsacienne et surtout les conceptions ethniques qu'elle impliquerait. Elle signe à la même époque un manifeste sur "le retour du crapaud" et dénonce pêle-mêle la montée du FN et le mouvement autonomiste "rot un wiss". Ferdinand Moschenross, figure haute en couleurs de l'autonomisme alsacien, lui donne alors la réplique à l'occasion de débat animés à la librairie Kleber. Les lecteurs attentifs auront tout de suite remarqué la contradiction: le FN relève d'une filiation nationale, centralisatrice et jacobine, comme madame Bollmann, tandis que "rot un wiss" s'y oppose.

Selon madame Bollmann, le président du parlement européen lui même, Hans-Gert Pöttering serait partisan de droits en faveur de groupes collectifs. Na, und? Est ce suffisant pour le soupçonner de racisme? Pour madame Bollmann qui fait un grand bond, en lieu et place des intéressés, un grand bond des groupes collectifs à une conception brune de la politique, cela semble être suffisant. La notion même de droit à la différence ouvrant la porte à la différence des droits, est pour madame Bollmann problématique. Autre preuve de l'ethnicisme incorrigible des barbares allemands: "Volkswagen", la voiture du peuple, créée sous le national-socialisme, madame Bollmann est scandalisée que la marque n'ait pas changé de nom au lendemain de la seconde guerre mondiale. Je lui demande alors si elle soupçonne tous les conducteurs de Volkswagen d'être des nostalgiques du IIIe Reich, "mais bien sur que non" répond elle, en revanche sa suspicion se porte sur la "Gesellschaft für bedrohte Völker", créée à l'origine, nous dit elle, pour soutenir le Biafra! Comprend qui peut... Je suis intervenu de nombreuses fois, sans succès, pour savoir s'il était possible d'aborder le sujet annoncé: l'Eurodistrict Strasbourg-Ortenau. Madame Bollmann a seulement précisé, sans plus d'explications, que l'Eurodistrict serait bien sur allemand (sic) et que la coopération transfrontalière n'était pas possible en raison de la différence d'organisation administrative des communes des deux côtés du Rhin.

Madame Bollmann trouve enfin choquant que l'on puisse être "de gauche" sans être jacobin et selon elle Roland Ries, l'execution de Eulogius Schneider.jpginitiateur du projet actuel d'Eurodistrict, se discrédite en osant revendiquer une tradition girondine et non jacobine. Yvonne Bollmann nous lit alors un passage d'un livre de M. Ries qui lui fait dresser les cheveux sur la tête: "c'est bien à une gauche girondine, autochtone, attachée à défendre de façon pragmatique les spécificités de cette région, que les populations de cette région sont disposés à faire confiance, et non à une gauche nationale, jacobine, et anticléricale, pièce rapportée sur le tissu régional" (Roland Ries, L'Alsace et la gauche, Le Verger, 2007). Je lui fais alors remarquer que l'Alsace a souffert du jacobinisme, en guise de réponse, elle souligne qu'il y avait aussi à ses yeux de bons allemands, venus en Alsace défendre ce jacobinisme, comme ... devinez qui ? Comme Eulogius Schneider! Connu pour avoir amélioré le rendement des massacres jacobin en inventant la "fahrbare Guillotine", la guillotine ambulante qu'il transportait de village pour éradiquer le droit à la différence des alsaciens récalcitrants. Eulogius Schneider a également fini raccourci (photo de gauche). Cette phobie de la différence est malgré tout compréhensible voire cohérente si l'on se place dans  la logique du paranoïaque, en effet comme l'écrit François Roustang (in "Comment faire rire un paranoïaque?"), le parano craint la différence, mais la différence, madame Bollmann, c'est la vie! Cette logique portée à son terme sombre inévitablement dans la terreur et la répression de l'ennemi perçu radicalement différent, comme en France en 1793 et en Russie en 1917. Aristos, bourgeois, ou péquenauds  osant persister à parler la langue de leurs pères : même combat! Un participant au débat (en veste rouge près du miroir, photo ci-dessus) a alors témoigné des vestiges, dans la deuxième moitié du XXe siècle, de la terreur jacobine en décrivant les punitions corporelles qu'il subissait enfant s'il osait parler sa langue maternelle avec son propre frère, dans l'enceinte de l'école.

Pierre Hillard que l'on croyait reparti pour Paris est finalement réapparu vers 17h, heure à laquelle les débats devaient se terminer. Il a commencé à intervenir sur le projet allemand de domination de l'Europe par une Allemagne utilisant l'outil de la régionalisation.  Il n'était toujours pas question de l'Eurodistrict mais le discours de Pierre Hillard était au moins fluide, argumenté et illustré de sources vérifiables, mais j'étais fatigué d'avoir presque plus parlé que les orateurs, fatigué et surtout attendu. Je suis parti.

La vision obsessionnelle et fantasmatique de l'Allemagne de madame Bollmann et théorique et parisienne de monsieur Hillard (il écrit sur l'impérialisme germanique mais ne parle pas l'Allemand et connait très mal le pays) sont évidemment à des années lumières de la réalité allemande de la république fédérale d'aujourd'hui. Cette vision anachronique est proche de celle du provençal Charles Maurras qui avait traversé le pont de Kehl une fois dans sa vie. La repentance des années sombres et l'ouverture humaniste sur le monde sont quasiment la règle générale en Allemagne et la loi fondamentale veille efficacement à réprimer les nostalgiques de la grande Allemagne largement minoritaires et marginaux.

Nous constatons quant à nous que l'Alsace a connu, depuis le moyen-âge, des époques économiquement prospères et son apogée culturelle General de Gaulle et Adenauer.jpglorsqu'elle était un centre, un lieu de passage, et non le glacis stérilisateur tourné contre l'Allemagne de la France jacobine. "Berge trennen, Wasser verbindet", ne l'oublions pas, l'idéologie ne peut rien contre la géographie. Nous pensons que l'Alsace et Strasbourg sont  naturellement placés pour rayonner à l'est comme à l'ouest et qu'une Alsace coupée de la rive droite du Rhin est comme une pomme coupée en deux, cela saute aux yeux lorsque l'on regarde une carte géographique. Il est donc temps que Strasbourg reprenne sa place et son rôle sur le Rhin et ne soit plus cantonnée sur l'Ill. Nous pensons aussi que le bilinguisme alsacien est un atout inestimable à préserver, à sauver, à faire fructifier. Enfin,  nous savons qu'un Eurodistrict Strasbourg-Ortenau donnera à notre capitale européenne la masse critique qui lui fait aujourd'hui défaut et lui donnera aussi la force opérationnelle franco-allemande qui a toujours fait ses preuves, de Charlemagne jusqu'à la construction européenne.  Ce n'est pas un hasard si le général de Gaulle, visionnaire géopolitique s'il en est, et qui avait pourtant participé à deux guerres contre l'Allemagne, prépara la réconciliation franco-allemande dès avant la fin des combats, l'ancien prisonnier  de la prison d'élite d'Ingolstadt et futur chef d'Etat appela même en 1943 de ses voeux, à l'occasion d'une discussion avec l'archiduc Othon de Habsbourg, "la réunion des Francs de l'Ouest et des Francs de l'Est"! Attractivité et prospérité économique, rayonnement culturel, richesse linguistique et développement institutionnel international, tels sont les enjeux de l'Eurodistrict Strasbourg-Ortenau.

Henri de Grossouvre

 

Commentaires

question:Monsieur DE GROSSOUVRE,pourquoi perdre votre temps avec ces étranges personnes?

Écrit par : a.belkhamsa | 18 janvier 2009

Nous y sommes allés car nous écrivons un livre sur l'Eurodistrict et essayons d'assister systématiquement à tous les débats qui ont lieu à Strasbourg sur ce sujet...

Écrit par : Henri de Grossouvre | 18 janvier 2009

Et pendant ce temps, d'autres essayent de nous vendre l'union de l'Alsace et de la Lorraine pour constituer une "région forte" (cf les DNA de ce Lundi 19). On peut là s'interroger sur le "plan technocratique" que dessinent certains experts pour notre région, oubliant sans cesse que l'Europe existe et qu'en Alsace, la coopération transfrontalière est une réalité.

A ce titre, il pourrait même être "révolutionnaire" d'imaginer une politique des repenser les solutions de transports de passagers ( rail, air, route) notamment.

Quant aux chasseurs de fantômes d'une 5ème colonne, que dire.... Rien !

Écrit par : STB | 19 janvier 2009

J’aurais, paraît-il, peur de l’Eurodistrict. Non ! Je le refuse, ainsi que je l’ai dit lors de ce débat. Et pourquoi tous ceux qui sont opposés à la destructionn de la France et à la germanisation de l’Alsace ne mèneraient-ils pas campagne, en effet, « contre le projet d’Eurodistrict » ?

Sauf que l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau est déjà bien plus qu’un « projet », puisqu’il est entré dans les faits par la Convention du 17 octobre 2005, qu’il s’est doté d’un statut juridique en décembre 2008. Et il a suscité la création d’autres entités du même genre. En juin 2003, deux députés de la Diète régionale du Bade-Wurtemberg ont proposé un Eurodistrict Fribourg-Colmar, ce qui aboutit en 2006 à la Convention de coopération marquant la création de l’Eurodistrict Region Freiburg/Centre et Sud Alsace.

Au nord de l’Alsace, l’instance transfrontalière Pamina qui a vu le jour en 1991 est depuis juin 2008 Eurodistrict Regio Pamina. Dès juillet 2005, j’avais adressé au groupe « UMP et apparenté » du Conseil général du Bas-Rhin une lettre ouverte quant à son projet de faire de Pamina un eurodistrict franco-allemand (elle a été publiée par l’Académie du Gaullisme dans "Le 18 juin"). J’y écrivais : « Rien ne vous donne le droit de livrer ainsi des citoyens français, et le territoire où ils habitent, à la volonté d’une puissance étrangère. On dirait qu’il vous plaît d’être vassalisés ».

Il y avait déjà, depuis l’Accord de Bonn signé en 1975, la Conférence du Rhin Supérieur, et le Conseil Rhénan, créé en 1997 à partir d’un « groupe de concertation franco-allemand des élus », pour en accompagner les travaux au plan politique, avec en toile de fond une « identité rhénane » dont on veut à toute force affubler les habitants de la région. Tout le monde feint d’avoir oublié l’existence, à partir de 1940, du « Gau Oberrhein ». François Bunner a donc eu raison d’évoquer un véritable « harcèlement institutionnel » à visées transfrontalières (dont je dirais, preuves à l’appui, qu’il est souvent inspiré par une idée venue du côté allemand), imposé aux habitants de l’Alsace.

Abordant l’aspect linguistique inhérent à l’Eurodistrict, j’ai parlé à sa suite d’un « harcèlement ethnique » (l’expression est empruntée à Lionel Boissou). Les « germanophones », réels ou prétendus, d’Alsace et de Lorraine, sont ainsi présentés comme « Deutsche » dans l’ouvrage "Minderheitenrechte in Europa, Handbuch der europäischen Volksgruppen", de Christoph Pan et Beate Sibylle Pfeil (Springer-Verlag Wien, 2006), un exemple parmi d’autres possibles chez d’autres auteurs. Monsieur de Grossouvre ne s’en est pas montré offusqué.

Mais quand j’ai parlé de « groupes ethniques », il m’a interrompue pour dire qu’il ne fallait pas traduire ainsi le mot « Volksgruppe », dont il n’a néanmoins pas contesté l’emploi. Lui-même n’ayant pu donner d’équivalent valable, j’ai ajouté que traduire, c’est souvent pénétrer dans ce que Robert Picht et Jacques Leenhardt ont appelé le « jardin des malentendus ». Dans ce contexte particulier, j’aurais dû citer "LTI", de Victor Klemperer, cette analyse irremplaçable de la « Lingua Tertii Imperii », la langue du Troisième Reich. « Volk » désigne bien autre chose que « peuple ». Pour la période entre 1933 et 1945, j’ai mentionné un mot composé où il est le déterminant à caractère ethnique : « Volkswagen », mais j’aurais tout aussi bien pu citer « Volksempfänger » ou « Volksschädling ».

N’en déplaise à Monsieur de Grossouvre : Hans-Gert Pöttering, l’actuel président du Parlement européen, est bien partisan d’un "Volksgruppenrecht" (voir à ce sujet la revue "Europa Ethnica", dont le titre est en soi tout un programme !), de même que l’eurodéputé allemand Bernd Posselt, un membre du comité de patronage du Forum Carolus. A aucun moment, je n’ai employé à leur sujet l’adjectif « brun ».

A ce propos, inspirée par un article de l’hebdomadaire allemand "Jungle World" paru en 2006, j’ai évoqué la volonté actuellement à l’œuvre en Allemagne de substituer au « droit international » un « Völkerrecht » à caractère ethnique (tel celui que prônait « Georg von Schönerer, le père du mouvement pangermaniste d’Autriche-Hongrie »). Le « Volk » y passe avant l’Etat, dont le maintien n’est pas une priorité. Pour Carl Schmitt, le droit international devait être celui d’empires, ensembles de « grands espaces » habités par des « Völker » autonomes.

Venons-en au jacobinisme, et à la phrase en cause de Monsieur Ries. On a bien entendu le droit d’être de gauche et girondin. Mais sa vision d’une gauche jacobine comme gauche « nationale » face à une gauche « autochtone », et « pièce rapportée sur le tissu régional », a vraiment de quoi plaire à des autonomistes. Ceux-ci saluent d’ailleurs l’ « heureux et salutaire tournant » qu’a pris Monsieur Ries par rapport à l’équipe municipale précédente, ajoutant que « l’Eurodistrict sera nécessairement doté d’un statut bilingue français-allemand qui pourrait faire tache d’huile et, pour finir, être étendu à toute l’Alsace » (voir le magazine "Tonic" de septembre 2008).

De plus, l’Alsace n’est pas vouée par nature au courant politique girondin, et il s’y est bel et bien déroulé une Révolution jacobine. Des Allemands, que je n’ai au demeurant pas qualifiés de « bons », sont venus sur place pour en éprouver la teneur. Si j’ai mentionné le jacobin allemand Eulogius Schneider, c’est en pensant – ce que j’ai omis de dire – au roman biographique que lui a consacré l’écrivain allemand Michael Schneider, "Der Traum der Vernunft, Roman eines deutschen Jakobiners", publié en 2001.

Contrairement à ce qu’affirme Monsieur de Grossouvre, je n’ai jamais signé de „manifeste sur le retour du crapaud“. Il doit confondre avec l’article "L’appel du crapaud en Alsace", consacré à "Unkenrufe", un récit de Günter Grass (1992). J’y établissais un parallèle entre la méthode que des Allemands utilisent dans cette fiction pour reprendre une partie de la Pologne, par achats immobiliers successifs, grâce à leur puissance économique, et celle, analogue, que des Allemands réels appliquaient alors en Alsace.

Monsieur de Grossouvre voit dans la prospérité économique de l’Alsace et du Pays de Bade, et dans l’addition de leur richesse respective, l’argument principal pour la création de l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau. Mais cette entité n’apparaît-elle pas de ce fait même comme une sorte de Padanie du Rhin supérieur ?

20 janvier 2009

Yvonne Bollmann

Écrit par : bollmann | 23 janvier 2009

Commentaire sur le commentaire de Yvonne Bollmann: à lire car il suffit de donner la parole à madame Bollmann pour qu'elle se disqualifie toute seule et confirme sa paranoïa, c'est très pratique ;-)

Écrit par : Willy | 23 janvier 2009

Bonjour,
Je trouve le titre de cet article on ne peut plus excessif. Si M. de Grossouvre veut faire un travail sérieux, il se doit -pour être crédible lui aussi- d´écouter les arguments de ses homologues spécialistes de l´Allemagne avec fair-play (et si possible dans un francais correct).
Certes la réunion de ce samedi ne fut vraisemblablement pas la meilleure facon de présenter les choses de manière efficace, mais il faut en Alsace qu´il y ait un véritable débat sur la question de l´Eurodistrict. Il s´agit de la vie d´un demi million de personnes (côté francais), ce n´est pas à prendre avec légèreté, à moins que les concepteurs de l´Eurodistrict ne rient ouvertement au nez de l´Histoire de milliers de familles alsaciennes et ce qu´elles ont subi il y a moins d´un siècle.
L´exposé de Mme Bollmann est on ne peut plus clair et factuel. Rien de farfelu ou d´exagéré dans ses propos. Une universitaire - maître de conférence à Paris -pourrait mériter, je crois, qu´on change le titre peu élégant de cet article, ce qui avantagerait également son auteur.
A bon entendeur,
Alsacienne (francaise avant tout).

Écrit par : alsacienne | 28 janvier 2009

moi je suis française après tout et trouve que monsieur de Grossouvre et même son titre sont très élégants !

Écrit par : Laurence | 28 janvier 2009

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