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13 janvier 2009

Libre compte rendu de l'intervention de M. VATANEN le 12 janvier 2009 à Strasbourg

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L'Association Parlementaire Européenne de Strasbourg et l'Association RETE-IHEE recevaient hier le député européen finlandais Ari Vatanen. RETE-IHEE est l'association des étudiants et anciens étudiants de l'Institut Européen des Hautes Etudes Européennes de Strasbourg dirigé par le professeur Eric Maulin qui se trouve être président du comité stratégique du Forum Carolus. A la demande d'un vice-président de l'association étudiante, le Forum Carolus avait publié l'affiche (voir ci-dessous) de la conférence sur son site de débat et avait invité ses membres et habitués intéressés par les questions stratégiques européennes et les relations avec la Russie. Le titre de l'intervention du député européen était en effet prometteur: "Les futures relations de l'Union avec le monde PESC/PESD: PSDC, OTAN, ONU".

L'ex champion de courses automobiles s'est aujourd'hui reconverti dans la politique européenne. Ari Vatanen avait été notamment champion du monde des rallyes en 1981 avec l'équipe Ford, après avoir été champion d'Angleterre. Monsieur Vatanen est député européen depuis 1999, année de son élection en Finlande sur la liste d'un parti finlandais conservateur. Il travaille alors d'abord surtout sur les questions liées aux taxes automobiles et aux règles de trafic. Ayant acquis une maison près d'Aix en Provence, il s'est alors présenté en France en 2004 et a été réélu. Il suit depuis lors les affaires étrangères de l'Union et prend régulièrement position sur les relations de l'Union avec la Russie et avec les Etats-Unis. Il est membre de la Commission des Affaires Etrangères du Parlement Européen et de la sous-commission défense et sécurité, présidée par M. Karl von WOGAU, par ailleurs membre du Comité de patronage du Forum Carolus.

Après avoir fait attendre plus d'une demi-heure le public réuni dans une salle du bel hôtel particulier situé 67 allée de la Robertsau, Ari Vatanen est intervenu pendant un peu plus de trente minutes. Il a commencé par avouer qu'il n'avait pas préparé cette conférence sur la politique mondiale de l'UE et a enchainé par l'éloge du bon sens et du pragmatisme en citant plusieurs fois comme référence la société Nokia (sic) et en donnant l'exemple suivant: "Quand vous avez un trou dans le toit de votre maison, vous ne commencez pas par faire refaire la moquette de vos chambres... eh bien en politique c'est différent !"

A suivi un relativement long discours sur les bienfaits de la démocratie, de la paix dans le monde, de la justice, de la dignité huimposteur.jpgmaine et des droits de l'homme. Ce discours général n'était pas illustré d'exemples liés au titre annoncé de l'intervention, ni construit autour d'un raisonnement quelconque qui aurait pu être, par exemple, sur ces questions essentielles, d'ordre philosophique pour les droits de l'homme, historique et/ou technique pour la démocratie, ou enfin programmatique pour la paix dans le monde.

Puis monsieur Vatanen s'est attardé sur le cas de la Russie en commençant par constater que ce pays était par essence totalitaire non sans avoir auparavant informé l'auditoire que sa mère était originaire de la partie de la Carélie rattachée à l'Union soviétique au lendemain de la seconde  guerre mondiale et que sa famille en avait beaucoup souffert. Ari Vatanen a alors également avoué qu'il ne s'était rendu qu'une fois dans sa vie, en compagnie de Michel Barnier, en Carélie russe, d'où est originaire sa famille maternelle, à moins de 70 km de l'endroit où il a grandi. Nous avons d'ailleurs ultérieurement appris en discutant avec lui, un verre à la main après la conférence, qu'il connaissait très mal la Russie et ne s'y rendait presque jamais. Il avait été pourtant annoncé lors de la présentation de l'intervenant par le président de l'association étudiante qu'Ari Vatanen prendrait position sur la crise gazière ukraino-russe. Le niveau d'argumentation de la diabolisation de la Russie était le même que celui de la défense de la justice et de la paix dans le monde: au pire inexistant, au mieux incantatoire. Lorsque le délégué général du Forum Carolus a demandé à Ari Vatanen d'éclairer sa lanterne sur la crise russo-ukrainienne, le député européen a alors répété qu'il était très mal de la part de la Russie d'utiliser la force pour faire pression sur son voisin, sans pouvoir citer aucun fait précis et trahissant ainsi son ignorance totale du dossier. Nous constatons par ailleurs que les informations sur la Russie se trouvant sur son site internet n'ont pas été renouvelées depuis au moins 2006 (on y parle de 2006 au futur).

Tous les participants avec qui nous avons discuté après la conférence, universitaires, écrivains, militaires ayant occupé des responsabilités dans des  postes de défense des ambassades françaises en Europe centrale et en Russie... étaient atterrés par le simplisme du discours et le niveau général de l'intervention. Autant de naïveté et d'angélisme prêteraient peu à conséquence chez un citoyen européen lambda, mais il se trouve que le député européen Vatanen, par ses discours, ses prises de positions et ses votes au sein du Parlement Européen, engage la sécurité et le sort de près de 500 millions d'Européens.

Or il nous semble que non seulement monsieur Vatanen n'est pas qualifié pour intervenir et légiférer sur la politique étrangère de l'Union mais qu'il y a même dans ses déclarations, à y regarder de plus près, une cohérence et une logique contraire aux intérêts de l'Europe. Comme les membres de l'Union opposés à la création d'un Europe Politique, pourtant conforme aux ambitions des pères de l'Europe, Ari Vatanen est partisan de l'adhésion de la Turquie à l'Union, c'est à dire d'un élargissement illimité diluant le pouvoir politique européen naissant. En revanche il s'exclame spontanément "nous avons besoin de gouvernance mondiale". Il fait donc partie de ce courant idéologique pour lequel il n'y a pas de projet européen spécifique, ce dernier n'étant qu'une étape vers un gouvernement mondial. Le patriotisme constitutionnel d'Habermas et Derrida relève de cette mouvance. S'il connait mal la Russie et ne s'y rend qu'exceptionnellement, il connaît en revanche bien les Etats-Unis et y voyage volontiers. Il a par exemple participé en 2005 à un séminaire à New-York organisé par la Commission des Affaires étrangères du Sénat des Etats-Unis: "Democracy in retreat in Russia", ses positions anti-russes sont sans doutes aussi issues de ce type de séminaires, il en a malheureusement oublié l'argumentaire en traversant l'Atlantique. S'il ne perd jamais une occasion de diaboliser la Russie ou de prôner l'adhésion de la Turquie, il n'oublie pas non plus d'insister sur l'importance du lien transatlantique (sans plus de raisonnement ni d'argumentation) et du rôle privilégié de l'OTAN. Il ne conçoit naturellement pas de défense européenne en dehors de l'OTAN. Il brise ainsi facilement une lance pour voler au secours de l'OTAN en se fendant d'une tribune dans les colonnes du célèbre quotidien new-yorkais Wall Street Journal dans laquelle il déclare qu'une Finlande membre de l'UE sans adhérer à l'OTAN équivaudrait pour une femme à être moitié enceinte! image délicate et riche en clés multiples (L'Europe attend d'être prise par les Etats-Unis...) Dans cette tribune il déclare, fidèle à son niveau de réflexion et d'argumentation: "Il est temps pour la Finlande de rejoindre l'OTAN (...) alors qu'en Russie la démocratie est en train de sombrer comme le Koursk" (consultable sur le site de M. Vatanen).

Malgré son sourire permanent et ses bons sentiments l'action de monsieur Vatanen au Parlement Européen est nocive, il défend en effet naïvement mais ardemment des positions opposées aux intérêts européens les plus évidents. Nous pensons quant à nous que la construction de l'Europe politique dont être prioritaire, que les relations avec notre voisin russe sont trop importantes économiquement, culturellement et politiquement pour être réduites à une diabolisation simpliste. Il nous semble enfin que les relations avec notre allié américain doivent être rééquilibrées d'urgence. Washington finance, avec l'épargne du reste du monde, d'imprudentes guerres servant à assurer son propre approvisionnement  énergétique, tout en instrumentalisant la démocratie, la paix et la justice en fonction de ses intérêts biens compris. Les pays européens, s'il s'engagent dans des actions militaires devant toujours demeurer l'alternative ultime, auront de plus en plus la possibilité de le faire en fonction de leurs valeurs et de leurs intérêts propres, pour peu qu'ils sachent le vouloir. En avril 2009 aura lieu à Strasbourg-Kehl le 1er sommet de l'histoire de l'OTAN organisé conjointement par deux pays membres. Les axes de travail du Forum Carolus tiennent leurs promesses...

Henri de Grossouvre

Commentaires

Cette mise au point talentueuse était méritée et nécessaire. Merci et bravo

Écrit par : Pierre | 13 janvier 2009

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